L’Enfant de Sclayn

L’Enfant de Sclayn

Le 16 juillet 1993 est la date la plus marquante dans l’histoire des fouilles à Scladina avec la mise au jour d’un premier ossement humain très ancien : l’hémi-mandibule droite d’un Néandertalien ! La découverte est retentissante : sur notre territoire, c’est la première du genre depuis celle de Spy en 1886. Par la suite, l’hémi-mandibule gauche, un fragment de maxillaire et seize dents sont également retrouvés.
Les 19 restes appartiennent à un même individu juvénile, baptisé l’Enfant de Sclayn, que les paléoanthropologues vont progressivement « faire parler » à l’aide de technologies des plus sophistiquées : analyses isotopiques, génétiques, histologiques grâce notamment aux scanners médicaux et au synchrotron de Grenoble.
Après deux décennies de recherches, la carte d’identité de cet enfant peut être esquissée. L’étude comparative de la longueur des racines des canines semble plutôt indiquer une fillette. Les isotopes lourds de l’azote et du carbone extraits des os soulignent chez l’enfant la consommation de viande d’herbivores qui vivaient en plaine. La forme de la surface des molaires, sous l’émail, confirme l’appartenance de l’enfant aux Néandertaliens, ce que les généticiens proposaient également à l’examen de son ADN.
Les scientifiques ont réussi à proposer un âge aux sédiments qui contenaient les fossiles et à reconstituer une partie du scénario qui explique leur distribution dans la grotte : « alors qu’ils n’étaient pas encore fossilisés, les ossements furent déplacés dans la grotte par un chenal (coulée terreuse) qui les brisa, les éparpilla et les redistribua dans plusieurs couches de sédiments ». Ce phénomène se passa entre 88 et 86 mille ans ou aux alentours de 80 mille ans avant aujourd’hui. La fossilisation commença plus tard et les deux hémi-mandibules prirent des teintes différentes, selon la couche où elles étaient ensevelies.